L’avènement du « Überentwerfer »

Nietzsche

J’ai eu une petite pensée pour Nietzsche récemment. En fait, mon profond athéisme fait que j’y pense régulièrement, mais là n’est le propos de ces lignes. L’une de ses célèbres citations va comme suit : « Aussitôt qu’on nous montre quelque chose d’ancien dans une innovation, nous sommes apaisés. » Ainsi en est-il de l’utilisabilité, la chose ancienne, et de l’expérience utilisateur (ma traduction de User Experience, mais en moins James Bond.), la chose innovante.

La discipline de l’expérience utilisateur est sur toutes les lèvres de nos jours et c’est une excellente nouvelle. De vocable branché des agences numériques par lequel on réfère encore dans plusieurs cas au Design d’interface usager, la « science » de l’expérience utilisateur fait maintenant son entrée dans les entreprises du Québec. Réjouissons-nous mes frères et sœurs.

Les 40 ans passés comme moi se rappelleront que l’utilisabilité a connu ses heures de gloire au début des années 2000. Wikipédia la définit comme « le degré selon lequel un produit (ou un site Web, une Application) peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis avec efficacité, efficience et satisfaction, dans un contexte d’utilisation spécifié ». Notez le mot « satisfaction » dans cette définition. Et puis, plus rien. Démodée, ringard, passée date, l’utilisabilité. Au diable les tests d’utilisabilité. De toute façon, personne ne mesure d’objectifs alors à quoi bon.

Puis, vient le « UX« … Ça c’est « cool » le UX. Oh, et aussi le « UI » (pour User Interface), le Design d’interface usager.

Wikipédia, à l’aide : « Contrairement à l’utilisabilité, [le concept de l’expérience utilisateur] n’est pas strictement pragmatique dans le sens ou il sous entend un impact émotionnel cumulé à un bénéfice rationnel, il est entendu que la démarche est bien de créer une expérience agréable. » En d’autres termes, l’objectif n’est pas ici d’atteindre un URL ou un ratio de pages par visite, au sens où Google Analytics l’entend. Et l’utilisabilité serait, elle, un sous-ensemble de l’expérience utilisateur.

En effet, l’expérience utilisateur cherche à faire en sorte que votre site Web ou application soit :

  • Utile à l’utilisateur
  • Désirable
  • Accessible pour tous les types d’utilisateurs
  • Crédible aux yeux des utilisateurs
  • Composé de contenus et de fonctions facilement repérable
  • Utilisable, ou facile d’utilisation
  • Contribuer à la mission du site ou de l’application

On n’est pas dans le flou artistique ici. On n’est pas dans les dessins. D’ailleurs, dans un contexte de réalisation de site Web ou d’application, je définis pour ma part le Design d’interface usager comme étant la discipline qui analyse et optimise :

  • Les contrastes
  • L’emphase à mettre sur les divers éléments de contenu
  • La quantité de ces éléments
  • Leurs proportions
  • Leur présence répétitive
  • L’équilibre
  • L’harmonie

À nouveau, le Design de l’interface utilisateur est également un sous-ensemble de l’expérience utilisateur.

On peut lister ces sous-ensembles ainsi :

  • La recherche utilisateur (Profil démographique, psychologique, définition de personas)
  • La stratégie de contenu
  • L’architecture de l’information
  • Le Design des interactions
  • Le Design de l’interface usager, le visuel
  • L’utilisabilité

L’avènement du « Überentwerfer »

Pourquoi se réjouir ? Parce que ces efforts constants de l’industrie visant à raffiner la discipline du Design de l’expérience utilisateur démontrent sa capacité de se renouveler et un désir de gagner en crédibilité qui va plus loin que de faire des beaux dessins. Les organisations qui ont intégré des postes de gestionnaire de l’expérience utilisateur sont, bien plus qu’innovatrices. Elles sont crédibles car elles cherchent à systématiser l’impact émotionnel de leur produit et à le mesurer.

Votre organisation peine encore à s’y retrouver et encore moins à justifier le développement d’un poste s’y afférant quotidiennement ? Suivez les conseils de Friedrich, insérez dans votre discours l’expression « utilisabilité », ça apaisera vos interlocuteurs. Et ils se sentiront à la mode.