C’est laid, ou l’apologie de la simplicité

Les principes de Gesalt

La laideur est-elle devenu un tabou ? Oui, il est souvent plus simple de parler des éléments de mesure tangibles de votre site web ou de votre application : des facteurs de positionnement dans Google que vous connaissez comme le fond de votre poche ; des tests utilisateurs sur votre site Web ; d’où les visiteurs abandonnent le cycle de vente sur votre site ; des tests A/B ayant permis de déterminer le bon positionement de votre bouton ; etc. À la question de votre supérieur : « notre taux de conversion (de visite en vente) est-il le meilleur que nous puissions avoir ? » Vous êtes capables de répondre avec un degré de confiance élevé un retentissant « Oui, voici les chiffres. »

Oui, mais il me semble que c’est laid.

« Ce n’est pas grave, c’est du Branding et je n’ai pas de contrôle là-dessus, c’est dans la cours des gestionnaires de la marque. Le taux de rebond sur la page d’accueil, je ne peux rien y faire ».

Je comprends, mais c’est quand même laid et c’est grave.

L’étude dévoilée par Google en 2012 a verbalisé ce que nous savons tous intérieurement, mais n’osons admettre : le visiteur moyen d’un site ne prend que 1/50 de seconde pour décider s’il ou elle trouve votre site beau.

Cette étude arrive à la conclusion que la perception de la beauté d’un site Web est intimement reliée à l’appréciation de la complexité de ce que l’usager voit et de sa représentation de ce qu’un site Web devrait être. On évoque ici la notion de prototype, de ce qui représente l’idéal de quelque chose. Par exemple, le prototype d’une jolie fille ou d’un beau mec. Dans le cas d’un mec, on peut imaginer des attributs de musculature, le fait d’avoir une gueule bien découpée, etc. Dans le cas d’un site Web, on peut imaginer qu’un beau site Web corporatif en 2014 aurait nécessairement un logo d’entreprise cliquable en haut à gauche; un ou deux niveaux de menu horizontal dans le haut; un bas de page contenant plein de lien que personnes n’utilisent, sauf les robots de recherche; etc. Et plus l’interface du site apparait complexe, plus le site est perçu comme étant laid. Voilà, c’est dit.

Ce plus récent article du Smashing Magazine vient nous rappeler maintenant les principes visuels associés à la perception de complexité, les principes de Gesalt. Imaginez votre site Web et demeurez concentrés, en voici quelques-uns (traduction libre):

  • Les gens perçoivent et interprètent les images complexes ou ambigües dans leur forme la plus simple possible;
  • Lorsque l’on regarde un arrangement complexe d’éléments, nous essayons d’y reconnaitre un motif unique qui nous est familier;
  • Les gens tendent à percevoir les objets comme étant des formes symétriques, prenant forme autour de leur centre. Autrement dit, nous sommes à la recherche de symétrie lorsque placés devant un écran;
  • Les éléments d’une image sont perçus comme soit faisant partie de l’élément de contenu lui-même sur lequel on met l’emphase, soit comme son arrière-plan;
  • Les éléments qui sont connectés visuellement, sont perçus comme étant plus reliés que les éléments qui ne le sont pas;
  • Des éléments sont perçus comme faisant partie d’un groupe s’ils sont localisés dans une même zone fermée;
  • Les objets qui sont rapprochés physiquement sont perçus comme étant plus reliés que les objets qui sont plus distancés;
  • Les éléments qui sont placés sur une ligne ou une courbe sont perçus comme étant plus reliés que ceux qui ne sont pas sur une ligne ou une courbe;
  • Les éléments qui bougent dans la même direction sont perçus comme étant plus reliés que les éléments qui ne bougent pas ou qui bougent dans des directions différentes;
  • Les éléments qui sont positionnés parallèlement sont perçus comme étant plus reliés que ceux qui ne sont pas positionnés parallèlement les uns aux autres;
  • Les éléments qui partagent les mêmes caractéristiques (couleur, taille) sont perçus comme étant des éléments plus reliés les uns aux autres que ceux qui ne partagent pas les mêmes caractéristiques;
  • Les éléments qui présentent une emphase sur un point d’intérêt ou de différenciation, vont capturer et retenir l’attention;
  • Les éléments tendent à êtres perçus selon les expériences passées de l’observateur;

Relire une deuxième fois au besoin ! Car voilà de quoi alimenter scientifiquement vos discussions internes et espérons-le vos prochains test A/B.

La recherche de la beauté par la simplification de vos interfaces utilisateurs et le respect des principes de Design énoncés ci-haut influencera directement votre taux de rebond. Et tout cela a bel et bien tout à voir avec l’image de marque de votre entreprise.

L’avènement du « Überentwerfer »

Nietzsche

J’ai eu une petite pensée pour Nietzsche récemment. En fait, mon profond athéisme fait que j’y pense régulièrement, mais là n’est le propos de ces lignes. L’une de ses célèbres citations va comme suit : « Aussitôt qu’on nous montre quelque chose d’ancien dans une innovation, nous sommes apaisés. » Ainsi en est-il de l’utilisabilité, la chose ancienne, et de l’expérience utilisateur (ma traduction de User Experience, mais en moins James Bond.), la chose innovante.

La discipline de l’expérience utilisateur est sur toutes les lèvres de nos jours et c’est une excellente nouvelle. De vocable branché des agences numériques par lequel on réfère encore dans plusieurs cas au Design d’interface usager, la « science » de l’expérience utilisateur fait maintenant son entrée dans les entreprises du Québec. Réjouissons-nous mes frères et sœurs.

Les 40 ans passés comme moi se rappelleront que l’utilisabilité a connu ses heures de gloire au début des années 2000. Wikipédia la définit comme « le degré selon lequel un produit (ou un site Web, une Application) peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis avec efficacité, efficience et satisfaction, dans un contexte d’utilisation spécifié ». Notez le mot « satisfaction » dans cette définition. Et puis, plus rien. Démodée, ringard, passée date, l’utilisabilité. Au diable les tests d’utilisabilité. De toute façon, personne ne mesure d’objectifs alors à quoi bon.

Puis, vient le « UX« … Ça c’est « cool » le UX. Oh, et aussi le « UI » (pour User Interface), le Design d’interface usager.

Wikipédia, à l’aide : « Contrairement à l’utilisabilité, [le concept de l’expérience utilisateur] n’est pas strictement pragmatique dans le sens ou il sous entend un impact émotionnel cumulé à un bénéfice rationnel, il est entendu que la démarche est bien de créer une expérience agréable. » En d’autres termes, l’objectif n’est pas ici d’atteindre un URL ou un ratio de pages par visite, au sens où Google Analytics l’entend. Et l’utilisabilité serait, elle, un sous-ensemble de l’expérience utilisateur.

En effet, l’expérience utilisateur cherche à faire en sorte que votre site Web ou application soit :

  • Utile à l’utilisateur
  • Désirable
  • Accessible pour tous les types d’utilisateurs
  • Crédible aux yeux des utilisateurs
  • Composé de contenus et de fonctions facilement repérable
  • Utilisable, ou facile d’utilisation
  • Contribuer à la mission du site ou de l’application

On n’est pas dans le flou artistique ici. On n’est pas dans les dessins. D’ailleurs, dans un contexte de réalisation de site Web ou d’application, je définis pour ma part le Design d’interface usager comme étant la discipline qui analyse et optimise :

  • Les contrastes
  • L’emphase à mettre sur les divers éléments de contenu
  • La quantité de ces éléments
  • Leurs proportions
  • Leur présence répétitive
  • L’équilibre
  • L’harmonie

À nouveau, le Design de l’interface utilisateur est également un sous-ensemble de l’expérience utilisateur.

On peut lister ces sous-ensembles ainsi :

  • La recherche utilisateur (Profil démographique, psychologique, définition de personas)
  • La stratégie de contenu
  • L’architecture de l’information
  • Le Design des interactions
  • Le Design de l’interface usager, le visuel
  • L’utilisabilité

L’avènement du « Überentwerfer »

Pourquoi se réjouir ? Parce que ces efforts constants de l’industrie visant à raffiner la discipline du Design de l’expérience utilisateur démontrent sa capacité de se renouveler et un désir de gagner en crédibilité qui va plus loin que de faire des beaux dessins. Les organisations qui ont intégré des postes de gestionnaire de l’expérience utilisateur sont, bien plus qu’innovatrices. Elles sont crédibles car elles cherchent à systématiser l’impact émotionnel de leur produit et à le mesurer.

Votre organisation peine encore à s’y retrouver et encore moins à justifier le développement d’un poste s’y afférant quotidiennement ? Suivez les conseils de Friedrich, insérez dans votre discours l’expression « utilisabilité », ça apaisera vos interlocuteurs. Et ils se sentiront à la mode.